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JANVIER-FéVRIER 10

BULLETIN TRIMESTRIEL DE L'OBSERVATORI DEL PAISATGE - 21

L'OBSERVATEUR

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Dix ans de la Convention européenne du paysage. Aménagement et gestion des paysages en Europe

Rafael Mata Olmo
Département de géographie, Universitat Autònoma de Madrid

Cette année qui vient de commencer sera le dixième anniversaire de l'approbation de la convention européenne du paysage (CEP). La première décennie du XXIe siècle a été pour une grande partie de l'Europe, et en particulier pour l'Espagne, une période de grands changements territoriaux et de conséquences négatives pour la qualité et les valeurs d'un grand nombre de paysages. La logique implacable du marché, l'ampleur et la vitesse de ces changements, liés en bonne mesure à l'urbanisation, mais également à des processus d'intensification et d'abandon agraires, ont fait germer dans l'opinion publique la sensation qu'il s'agit de faits inévitables, de dynamiques incontrôlables.

Cette convention s'inscrit ainsi dans le domaine politique dans une conjoncture peu favorable, très souvent à contre-courant, mais avec des approches nouvelles et absolument nécessaires de nos jours. Tous les paysages sont importants. Voilà à mon avis le principal message de la convention. C'est pourquoi la politique recommandée par le traité n'est pas purement réactive ou protectrice de ce qui est notable, elle est surtout proactive et s'adresse à tous les paysages, exceptionnels ou banals, quotidiens ou fréquentés, et à la qualité de l'environnement de vie des personnes.

Cette prise de position face au paysage -face à chaque paysage-, qui ne manque pas de difficultés théoriques et pratiques à résoudre, guide en Europe les politiques des pays, des régions et des communes. C'est la première conclusion qui s'impose à la lecture de l'ouvrage intitulé Ordenació i gestió del paisatge a Europa (Aménagement et gestion des paysages en Europe), édité par l'observatoire catalan du paysage, qui est le deuxième volet de la collection 'Eines' (Outils). Cet ouvrage remplit une fonction d'outil car il présente un panorama riche et précis des initiatives d'action paysagiste prises dans les pays européens possédant une expérience dans ce domaine avant l'approbation de la convention, ainsi que dans d'autres, comme la Catalogne et la plupart des communautés autonomes de l'Espagne, qui ont incorporé le paysage à leurs agendas politiques après l'approbation de la convention. Dans tous les cas, la convention est définie comme un point de rencontre, une plate-forme, un langage partagé de la nouvelle politique des paysages. C'est un événement positif à souligner, au-delà des problèmes et des incertitudes que soulève la mise en pratique de la convention.

Le livre, organisé en trois grands blocs - outils d'aménagement et de gestion, outils d'intégration, et outils d'accord de stratégies relatives au paysage-, s'adapte aux instruments créés et développés par la loi catalane sur le paysage. Au-delà, l'ouvrage répond avec de bons critères aux grands axes d'une action paysagiste, publique et privée, destinée à tous les paysages et à ses dimensions plurielles : aménagement et gestion du territoire à partir de critères et d'objectifs de qualité paysagiste ; intégration de nouveaux usages, infrastructures et éléments construits sur l'identité de chaque paysage, et type de gouvernement du territoire fondée sur la participation et le consensus.

Les options politiques et techniques permettant de formuler des directives sur le paysage, ainsi que les échelles d'intervention, varient selon le pays ou la région. Néanmoins, la plupart sont liées à la gestion du territoire et aux instruments de planification territoriale, et leur mise en pratique va au-delà de certaines approches légales, telles la loi italienne de biens culturels et du paysage, qui continuent à envisager le paysage de façon protectionniste et singulière.

L'action paysagiste se fonde également sur un travail de découverte et d'évaluation systématique du paysage, jusqu'à présent inexistant. Il s'agit d'un domaine complexe et ouvert, fruit du point de vue intégrateur adopté vis-à-vis des paysages, sans méthodologie préétablie, et de l'engagement d'oeuvrer sur tous les types de paysages. Néanmoins, les expériences, mentionnées dans l'ouvrage, qui ont été réalisées sur les atlas, catalogues et inventaires soulignent l'existence d'un effort de convergence, au-delà des divergences interdisciplinaires, vers la connaissance territoriale du caractère des paysages, de leur identité, de ce qui les rend différents et non plus beaux ou plus laids que d'autres. Veiller à la santé des paysages, les protéger dans certains cas, gérer et intégrer de nouveaux usages, les récupérer, voire les créer, cela signifie considérer en priorité le caractère du territoire perçu socialement. Avec les atlas et les catalogues, les guides de bonnes pratiques et de critères d'intégration paysagiste, comme ceux élaborés au Royaume-Uni, en Italie ou en Suisse, et principalement en Catalogne, ont également des répercussions sur le rôle central de la notion de caractère au moment de prendre des décisions sur la réduction de l'impact et l'intégration d'infrastructures.

Les dix premières années d'existence de la convention européenne du paysage et le vaste répertoire d'expériences, de succès et de frustrations mentionnés dans le livre de l'observatoire me renvoient à ma façon de considérer la question de fond, au-delà des aspects techniques et administratifs dans lesquels il faudra progresser à l'avenir. Je veux parler de la question de la gouvernance que mentionne la convention en matière de protection, de gestion et d'aménagement du paysage. Dans un contexte de dérégulation généralisée, de démobilisation sociale et de détérioration des systèmes traditionnels de démocratie représentative, et avec le " marché comme nouvel arbitre du bien-être social ", la convention présente plus ou moins explicitement de nouvelles manières d'acquérir des connaissances et d'agir en matière de qualité de vie des personnes. Outre la coordination et la coopération des administrations publiques, l'action paysagiste requiert la participation, l'implication et le consensus, qualités mentionnées dans les cartes du paysage en France ou en Catalogne. L'action paysagiste requiert également, outre des procédures et des instruments officiels, des plates-formes et des réseaux de citoyens, d'institutions et de techniciens qui s'impliquent, au-delà des conjonctures politiques et économiques, dans un exercice de démocratie délibérative et visant à encourager la culture du territoire.

Rafael Mata Olmo Département de géographie Université Autónoma de Madrid

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